Le plantain, petit pharmacien des grands chemins

Plantain lancéolé

Plantain lancéolé et fier de l’être apparemment

Le long des routes poudreuses, autrefois pratiquées par les pèlerins et les marchands de soie, pousse un compagnon timide, presque minuscule. Entre deux cailloux de grès ou alors épanoui en touffe lancéolée, le plantain est de ceux qui préfèrent se la jouer discrète. Il est le sherpa qui se dissimule sous l’imposante pile de bagages, le gentil serveur du café d’en face dont on ne se rappelle jamais le visage, ou alors l’ineffable bibliothécaire qui soigne en silence les incunables d’un rayon oublié.

C’est qui déjà?

Feuilles plates, fines, courtes, mais non, longues, cornues… eu…, fleurs longues, courtes, en toupet, enfin, tout est réuni  pour ne pas réussir à le décrire. C’est qu’il en existe plus de deux cents variétés différentes. Et pourtant lorsqu’on le voit, l’évidence saute au yeux, nous le reconnaissons sans hésitez. c’est celui que l’on regarde sans vraiment y penser, au pied de la clématite. Mais oui, le truc là, qui pousse entre deux cailloux.

Petit et costaud…

Notre ami, vous vous en doutez, est bien plus qu’une simple machine à photosynthèse. En prélude à son éloge, sachez qu’il tapissait nos panses bien avant les plus simples pitances. Il se mange cru ou cuit depuis belle lurette. Il a fallu un jour que ce salaud d’épinard lui vole la vedette, et depuis plus rien. Qu’avons nous fait pour le condamner à l’exil vers les friches arides et les entre-dalles de chantier?

Au jardin, obstinément, nous érigeons en as et portons en gloire le Calendula, la Camomille, le Soucis, le Millepertuis et bien d’autres encore, plantés en divins guérisseurs du potager des simples avec une fierté toute gonflée.  Le plantain lui est relégué au rang des troubles-tiges et grignote quelques centimètre carrés à l’ombre des élites florales. C’est une grave erreur que de l’abandonner, car qui donc est écrasé en premier entre les doigt pour en extraire un jus miraculeux qui va calmer les piqures d’insectes et les brûlures de tous poils? Mmm? C’est le plantain!

Toutes ses parties, en particulier les feuilles et les racines possèdent des vertus médicinales dont les plus connues sont un effet antiseptique et anti-inflammatoire. A l’époque des voyages à pied, il n’y avait qu’à se pencher et le cueillir pour manger autre chose que du pain sec et de l’eau de marre. On en fourrait au passage deux feuilles entre le pied et la chaussette pour voir disparaître cloques et douleurs d’effort, si si, je vous assure madame!

Patient et résistant!

Le plantain, en masse au bord des routes, tel le supporter bedonnant d’une course à vélo, attend toujours d’être choisi pour soulager les innombrables marcheurs dans le besoin. Mais de nos jours, il ne rencontre que quelques pneus de VTT et se courbe sous la semelle des randonneurs.  Ceux-ci, dopés aux barres hyper-protéinées, scrutent leur podomètre et calculent fiévreusement leurs performances sans jamais le voir!

Le plantain s’en moque vous savez? Il supporte notre dédain avec pragmatisme et attend patiemment des âges meilleurs, quand les hommes se rappelleront les services rendus aux bord des routes sinueuses.

Alors, au petit copain des pèlerins et au grand guérisseur des terres paumées, je dis chapeau bas!

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Petit mais costaud