Vivre, les 3 étapes d’une démarche en permaculture

Bonjour chers lecteurs, êtes-vous surpris de voir ce blog à nouveau garni d’un article ? Tant mieux, la saison s’y prête malgré le froid qui sévit sur les parcelles permacoles européennes.

De quoi vais-je vous parler aujourd’hui ? Et bien, d’un petit rappel sur ma vision de la permaculture. Une vision qui ne se limite pas au jardinage de buttes, ni aux bienfaits des écosystèmes du potager et qui se rattache aux textes fondateurs du mouvement.

La permaculture est une philosophie qui va au-delà du jardin, malgré ce que l’on peut voir sur la toile de nos jours.  Elle résume une pensée dans laquelle la nature est centrale et place l’humain comme faisant partie d’un tout , dépendant d’écosystèmes complexes qui s’autorégulent parfaitement sans lui. L’enjeu est alors pour l’homme de trouver une place dans chaque écosystème qu’il souhaite habiter, en le perturbant le moins possible, tout en sachant que chaque actions va irrémédiablement générer un changement. Le but ultime est alors d’utiliser un système qui fonctionne déjà en autonomie, en dénaturant le moins possible l’existant.

Les 3 étapes d’une démarche en permaculture :

La nature va au plus simple malgré son extrême complexité, à nous d’en prendre exemple lorsque nous mettons en place les principes de la permaculture. J’aime résumer cette démarche en trois étapes :

Observer

Une des premières actions en permaculture est l’observation de ce qui nous entoure pour déceler et comprendre les mécanismes en place. Cette observation minutieuse est indispensable. Elle dure entre une à deux années minimum afin de comprendre réellement ce qui se passe sur le terrain. Au besoin, des petite modifications sont faites pour pouvoir y vivre de manière autonome, voir pour faire partie de cet écosystème, mais cela principalement dans un second temps.

Agir

L’action qui va être menée après notre observation tient compte de ce qui fonctionne et des ressources décelées sur place. Nous allons utiliser le maximum ce qui est à portée et ce qui fonctionne, dans un minimum d’efforts, pour opérer quelques micro changements dans le but de corriger ce qui pourrait être amélioré. Rappelons-nous que chaque organisme présent à sa raison d’être et est interdépendant des autres qui l’entourent.

Observer et ne pas se décourager

L’épreuve redoutée dans cette démarche est de constater souvent que nos actions sur le terrain ne réagissent pas comme nous l’avons souhaité, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Certains éléments de notre écosystème s’approprient parfois les changements et changent la donne sur tout le terrain. A ce stade il faut faire preuve de recul, garder ce qui fonctionne et comprendre pourquoi certaines choses n’ont pas pris comme nous l’espérions, avec humilité.

Petit à petit, en alternant la deuxième et la troisième phase, un nouvel équilibre s’installe dans lequel nous pouvons tirer des ressources tout en apportant notre contribution à cet écosystème.

Vous comprendrez alors que ce principe s’étend au-delà de la butte que l’on s’est acharné à réaliser dans le jardin (qui va à l’encontre d’une démarche permacole), et qu’il englobe toute action humaine, en prenant en compte son environnement, dans une optique de durabilité.

Amusez-vous à transposer ce principe dans votre famille, vos loisirs, et même dans votre travail. Travaillant depuis plus de 10 ans dans la santé au travail et le coaching, je peux dire que les dirigeants qui ont laissé le plus de traces positives de leur passage dans une entreprise sont ceux qui inconsciemment ou pas ont appliqué ce principe.

Que cela soit de cultiver son bout de terrain, de démarrer un projet ou de s’épanouir au travail, une action teintée de permaculture va être génératrice de sens car elle cherchera à placer l’humain de manière utile et durable dans son monde.

Cette doctrine écologique passe naturellement par l’esprit, c’est ce que je me plait à appeler « l’écologie humaine ». Elle englobe la relation de l’homme avec la nature, mais aussi la relation des individus entre eux, invitant sur fond de sobriété à repenser notre « vivre ensemble »  pour le meilleur, face aux changements de demain.

J’écris aussi à ce sujet sur mon site professionnel, et organise des séminaires occasionnellement, pour que l’or du commun devienne hors du commun.

Bonne saison à tous!

Le sol en une petite histoire

Sol_vivant

Entente discrète entre épinards et agarics

Il faudrait toute une vie pour réussir à comprendre un peu le sol. C’est pourquoi il est impératif de le soigner et de lui redonner de la vigueur. Comment? En lui foutant la paix, oui Madame! Notre plancher est tellement complexe que nous commençons à peine à entrevoir l’ampleur des dégâts occasionnés par l’homme. Les connaissances qu’il nous faudra acquérir pour pouvoir le comprendre dans son ensemble et le soigner sont faramineuses.

Le hibou lui s’en cogne totalement, en particulier le moyen-duc qui loge dans le toit chez Micheline et Didier. Mais oui, vous savez les voisins bizarres adeptes de la permaculture. Ceux qui sont arrivés au bout de trois ans à trouver un équilibre acceptable dans leur potager.  Les voilà qui s’empressent de photographier leurs trophées, et les partagent prestement sur les réseaux sociaux. Lui, assis sur son fauteuil favoris à compter les « likes » en buvant une tisane de menthe, et elle au bout du fil avec une amie à refaire le monde des laitues.

Mais revenons à notre volatile. La nuit est tombée depuis un moment et l’animal vient de se réveiller. L’oeil encore un peu glauque et l’aile lourde, il écoute les bruits nocturnes à l’affut d’une proie. Après un petit moment, le tintement familier de feuilles mortes chante à son oreille. Il s’agit d’un mulot bien gras et peu dégourdit qui trotte gaiement à en croire le froissement des feuilles. Le hibou affamé s’élance tel un espadon des airs et, dans un silence feutré, fond sur le rongeur à découvert.

Tout va très vite!

Le hibou saisi le mulot, le mulot mord la patte du hibou, le hibou déconcentré se prend la ligne du téléphone en pleine remontée, la ligne du téléphone vibre, Micheline n’entend pas ce que Bernadette lui dit au combiné durant un bref instant (ce qui va lui changer la vie, mais là on s’en fiche car on parle du hibou), et finalement, le hibou lâche le rongeur. Celui-ci s’écrase sur le sol après trois cabrioles, et meurt entre le hêtre et la planche de culture de Micheline et Didier.

Déjà fini?

Triste histoire pas vrai? Rassurez-vous elle commence à peine. Il fallait bien un petit drame pour attiser la curiosité du chaland et réunir la foule autour de la fabuleuse histoire du sol!

Notre ami le sol ne dort jamais, il digère en permanence. C’est un tube digestif à l’envers, une bouche toujours ouverte vers le ciel. Ses organes de décomposition très sophistiqués s’alternent en fonction des saisons, du jour et de la nuit, tels des respirations silencieuses au service de la vie. Le sol est vivant: 50% de vie (édaphon), 25% de matière minérale, 25% de vide et d’eau. Il est racines, champignons, insectes, bactéries, stylommatophores (limaces et escargots en tous genres), etc. et oeuvre pour une cause unique. Il transforme et fait vivre les êtres présents, dans une entreprise commune, à travers les vestiges des vies éteintes. Sans cette union du vivant au service de la transformation, pas de vie du tout. A quelque part, nous sommes le produit du sol… et nous y retournerons.

Et le mulot dans tout ça?

La carcasse de mulot, donc, vient à peine de tomber sur un lit de feuilles mortes, et gis inerte. Les milliards de bactéries et les virus logés sur l’animal et dans son tube digestif commencent à proliférer dans les tissus, affranchis des défenses immunitaires du rongeur. Les gaz de digestion des micro-organismes en pleine action alertent la petite faune, tels les néons d’une enseigne aguicheuse. Toute une armée de fourmis, de scarabées et de mites se pointent au buffet, trainant avec elles des spores de champignons et autres manges-miettes qui s’installent où ils peuvent en attendant leur moment de gloire. Le jour se lève et des mouches viennent précipitamment déposer leurs oeufs sur cette bombance, après avoir butiné quelques berces. Rapidement, de petites larves blanches apparaissent et nettoient proprement la carcasse, évitant ainsi que des bactéries pathogènes ne prolifèrent. En quelques jours, il ne reste qu’une dizaine d’ossements minuscules éparpillés par les petits éboueurs du jardin. Ces insectes ont élus domicile dans le sol, entre les feuilles mortes et au creux de quelques brindilles hospitalières. Il aiment le jardin de Micheline et Didier car ils ne mettent jamais d’insecticides, ni de pesticides et de plus, comble de joie, la terre n’est jamais retournée.

La mafia du sol

Les petits os de feu notre mulot ne sont pas perdus. Ils sont colonisés par la caste redoutée des champignons qui s’empressent de décomposer et d’absorber la matière précieuse (phosphore, calcium, métaux, etc.). D’un mycélium à l’autre, le butin s’échange, se troque. Les éléments parviennent finalement aux racines des plantes via les champignons, directement. Là, s’opère un troc élaboré: de la sève végétale riche en sucres et autres friandises, contre des minéraux précieux raffinés par le peuple mycélien. Le hêtre devient dealer et vend son suc au prix du phosphore, autrement dit, une affaire juteuse. Cette poignée de main entre plantes et champignon s’appelle mycorhize, sorte de pont d’échange entre espèces. Après avoir été cantine des champs, voici que notre mulot fourni les plantes sur plusieurs centaines de mètres carrés, grâces aux diligents champignons, pourvoyeurs de l’extrême.

mycélium

Il est partout, et ici schématisé très simplement

Second tour et ronde des plats!

De petits collemboles viennent en même temps déguster le mycélium onctueux. A leur tour, de plus gros insectes, comme les mille-pattes viennent manger les collemboles qui tentent de bondit pour fuir leurs prédateurs grâce à leur petite furca (ressort sous l’abdomen), etc. Tous ces petits insectes qui se mangent parmi  sont aussitôt recyclés et restitués au sol sous forme d’éléments assimilables, comme l’azote par exemple. Les vers de terres, en ouvriers silencieux, absorbent les matières en décompositions et aèrent le sol tout en faisant remonter les minéraux à la surface. Comme quoi, les déchets des uns deviennent le trésor des autres. L’humus se brasse comme des milliers de pièces d’or et de joyaux entre les mains de pirates repus.

Les plantes s’en régalent, il y en a pour tout le monde. A leur tour, les tiges perdent des feuilles ou alors le végétal entier meurt une fois ses fruits mangés et ses graines dispersées. Les limaces et les escargots viennent déguster ces feuilles mourantes ou malades et les transforment en de petites boulettes nutritives qu’ils répandent sur place. De l’or Madame, c’est de l’Or tout ça!

Micro-faune

Quelques acteurs indispensables à la vie du sol parmi bien d’autres

…et un jour, un autre petit mulot bien gras vient manger en pleine nuit une limace qui était sortie de sa cachette pour dévorer une pousse de radis sauvage, sans se douter de la menace qui plane sur lui. La boucle est bouclée. Espérons cette fois que le hibou aura plus de chance avec les rongeurs et que Micheline pourra avoir une communication sans interruption.

En conclusion

Cette petite histoire illustre humblement une des mille facettes de la prodigieuse capacité du sol à transformer la matière morte pour la restituer à la vie. Toute intervention humaine (labour, bêche, etc.) va généralement briser cette mécanique bien rodée. Le jardinier qui désire cultiver sur un sol vivant va chercher à altérer le moins possible ce mécanisme de digestion ultra complexe. Il pourra ainsi tirer un maximum de bénéfices, grâce à tous les auxiliaires en place qui vont travailler pour lui (champignons, insectes, etc.) et produire chaque année plus de matière vivante pour un cycle positif et générateur de vie.

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